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  • Marie Serres Le Bréau
  • Le blog de Marie Serres Le Bréau
  • Femme
  • 28/09/1984
  • étudiante salariée
Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /Août /2009 22:13



Au-delà de ce que tu crois,
Au-delà de tes superstitions,
Au-delà de tes préjugés,
Si tu me voyais moi !

Regarde ce que je fais...
Ecoute ce que je dis...
Apprends ce que je sais...
Si tu percevais mon âme ?

Arrête de m'interpréter !
Cesse de me juger !
N'essaie pas de me changer !
Si seulement tu me comprenais...

Maintenant tu veux me quitter.
Je n'ai pas dû faire ce qu'il fallait.
Tu veux tellement me rabaisser.
Si tu voyais au-delà...
Par Marie Serres Le Bréau - Communauté : points de suspension
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 21:57
Si elle avait su ...

        
     La voilà échouée sur une île, quelle tempête ! Elle allait rendre visite à de la famille qui vit au Japon, bien sûr elle avait choisi de faire la traversée en bateau, ça lui permettait de profiter de ce temps pour se détendre sur un de ces magnifiques bateaux de croisière. Et bien la prochaine fois, elle se contentera de dormir dans un avion. Enfin… Elle a eu la bonne idée de sauter du bateau avec son sac, d’ailleurs le voilà à quelques pas d’elle…
Clara est une jeune femme très prévoyante, elle a pensé à tout, même à son nounours. Elle décide de commencer par faire un tour pour voir si elle est toute seule. Apparemment, oui. Il commence à se faire tard, elle regarde autour d’elle et repère un arbre dont les branches forment comme des bras accueillants. Elle sort sa bâche, la pose sur le sol, sous les branches et y installe dessus son oreiller, sa couette et son nounours. Puis elle fait, à l’aide de grandes feuilles de bananier, une porte. Une fois son abri achevé, elle y cache dans un coin ses affaires, et après s’être armé de son couteau-suisse, sa boussole et de son fil de pêche, elle part explorer la forêt en quête d’une rivière et de nourriture. Elle trouve des tonnes de fruits, et, finalement, la rivière. Elle ramasse une coquille de noix de coco et la rempli d’eau. Elle jette son fil dans l’eau et attend. En creusant la terre, elle trouve une sorte de larve, elle ressort l’hameçon et l’y accroche. À peine l’avait elle remis à l’eau qu’un poisson le mordait déjà. Elle réussit à le sortir de l’eau, lui met un coup sur la tête, ramasse toutes ses victuailles et suivant sa boussole, retourne vers son abri. Elle pose le tout sur une grosse pierre, rentre dans sa cabane pour ranger ses affaires et … Tombe nez à nez avec un petit singe. Le ouistiti s’étonne que « l’animal » étendu là ne bouge pas. Il le secoue du bout des doigts en lui tournant autour. Enfin, il se rend compte que Clara est là. Il la regarde brièvement et s’enfuit. Elle attrape sa peluche, la replace et sort avec son briquet pour préparer et cuisiner son poisson. Elle part chercher des branches mortes et aperçoit le petit singe perché juste au-dessus d’elle qui la fixe. Elle repart allumer un feu sans s’en inquiéter. Le poisson enfin cuit, elle le déguste avec une mangue pour dessert, et part se coucher. Cela doit bien faire trois heures que Clara dort quand tout à coup, elle sent de la fourrure la frôler. Puis tout doucement elle sent son ours en peluche qui a l’air d’essayer de s’échapper de ses bras. Elle sert plus fort et se retourne. Le ouistiti se met à lui crier dans l’oreille, c’est comme ça qu’elle l’a reconnu, et recommence son manège. Clara sert son doudou, se débat, le singe a beau être petit il a de la force ! Elle finit par mettre sa peluche sous ses fesses en s’asseyant, et essaie d’attraper le petit voleur. Finalement, elle met la peluche sous son tee-shirt et sort se mettre à côté du feu pour échapper à ce stupide être vivant. Sa peluche est tout ce qui lui reste de réconfortant, elle ne sait pas quand on viendra la délivrer et elle ne compte pas s’en séparer ! Le singe sort précipitamment et file dans les bois. Clara attend un peu, puis elle retourne se coucher. Elle ne dort que d’un œil… Le soleil se lève enfin. Elle se lève, ouvre une mangue et la mange en regardant la mer. Est-ce que quelqu’un sait qu’elle est en vie ? Est-ce que des équipes de secours sont en train de la rechercher ? Quand est-ce que tout va se terminer ? Elle passe toute la matinée à réfléchir et à écrire avec un des bâtons noircis du feu. Soudain, le petit singe apparaît, elle ne l’a pas vu arriver. Il s’approche d’elle tout doucement et dépose trois noix de coco à ses pieds et regarde, on peut même dire qu’il louche en direction du nounours. Clara comprend qu’il veut faire un échange. Elle se redresse de toute sa taille et lui dit un puissant NON, en joignant le geste de son doigt à sa voix. Le petit singe la regarde avec des yeux brillants puis baisse la tête, récupère les noix et s’éloigne. Clara a un peu honte, mais elle a besoin de son nounours, avec tous les bruits de la nature, elle n’est pas rassurée. Elle se promène le long de l’eau et réussit à attraper deux petits crabes. Elle les cuit et les mange. Puis, ne voyant pas le petit singe revenir, pensant qu’il a compris qu’elle ne lui laisserait pas son « ami », elle décide d’aller se baigner. Elle plaque son doudou contre un arbre et l’attache très serré avec sa corde, se déshabille et rentre dans l’eau tiède. Ses muscles se détendent enfin, quand soudain elle aperçoit le petit singe en train d’essayer de détacher la corde. Elle sort à toute vitesse de l’eau et se place entre l’ours et le vilain singe. Il tente en vain de passer derrière elle, mais elle n’hésite pas à le pousser. Il finit par partir… Le soir se couche, Clara maintient de grandes flammes dans son feu et surveille son ours en peluche. Le petit singe n’est pas très loin, elle le sent… Elle est aux aguets… Elle décide de se maintenir éveiller en écrivant, elle dessine aussi… Durant toute la nuit, elle va veiller sur son cher nounours. Le jour se lève… Elle mange, mais ne lâche pas l’orée des bois des yeux. Le singe est là, il attend le moment où Clara aura détourné son attention de l’objet de sa convoitise. Tous les deux s’observent, aucun ne se laissera perturber par quoi que ce soit. Le temps passe, le soleil est bien haut dans le ciel… Tout à coup Clara entend des voix, elle tourne la tête vers le rivage, et aperçoit une chaloupe en train d’accoster. Elle ramasse toutes ses affaires, fait un tas avec les fruits qui lui restent et place sur le dessus LE NOUNOURS. Le petit ouistiti s’approche, plus Clara s’éloigne en direction de la chaloupe plus il s’approche. Il saisit la peluche, la sert dans ses bras et le tenant par une de ses pâtes, il grimpe dans un arbre. Clara rentre avec les sauveteurs, tout en continuant à le fixer. Un des hommes regarde dans la même direction, puis il regarde Clara en souriant et lui : « Lequel des deux va le plus vous manquer ? »
Par Marie Serres Le Bréau
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 12:00

        Lisa Laurant, vingt-sept ans. Il est pourtant écrit ici qu’elle est morte à l’âge de dix-sept ans. Lisa se trouve dans le petit cimetière de Sarre. Voilà pourquoi ils n’ont jamais cherché à la retrouver ! Il est 4h du matin, elle vient de traverser la partie du village qu’on appelle Sarre-le-Bas. Le village est comme divisé en trois quartiers : Sarre-le-Bas, Sarre-le-Haut et le Mas-de-Sarri.

Elle n’a pas cherché à visualiser ce qui l’entourait, elle a continué, a traversé le pont, a tourné à droite et elle est montée jusqu’au petit cimetière ; il fallait qu’elle aille dans un endroit isolé. Elle ne s’attendait pas à y voir son propre nom. Apparemment, c’est son père qui s’en est occupé, puisqu’il est écrit : « Ici repose la princesse des rivières, la déesse des cavernes, notre fille adorée. » D’un côté, cela fait beaucoup rire Lisa, comme c’est ce qu’elle lui avait dit un jour qu’elle voudrait voir marqué, mais ça lui fait quand même bizarre ! Quand elle était partie en Serbie, pour une semaine, un voyage qu’elle avait gagné, elle ne se serait jamais doutée qu’elle verrait cela en rentrant. Elle avait été enlevée par un réseau, qui, d’après le policier qui l’avait retrouvé, était connu de leurs services, un réseau de traite des blanches.

Il est maintenant 5h, et le soleil commence à se lever. En promenant ses yeux sur les tombes qui l’encerclent, elle découvre un nom qu’elle connaît, Paul C., écrit sur une pierre blanche. Elle a l’air récente. Lisa se souvient qu’avant elle n’aurait jamais pu aller dans le petit cimetière du petit hameau. Il paraissait si reculé, entouré de très grands arbres, alors quand vous y pénétriez, plus personne ne pouvait vous voir et comme Lisa croyait aux esprits… Mais là le fantôme c’est elle.

Sarre et ses cinquante habitants, ses fêtes de village qui ressemblait plus à la réunion d’une immense famille et d’amis. Sarre et sa rivière, où l’on se baignait dans des coins surnommés « la pierre-plate », « la baleine » ou encore « la queue de poisson ». Elle était heureuse d’être enfin rentré, mais elle craignait d’être tout à fait oublié. Elle qui se souvient de tout, si elle regarde un arbre elle peut dire le jour, l’heure, et la personne avec qui elle était quand elle a grimpé dessus pour la dernière fois. Chaque fleur a le parfum de son enfance, des jours heureux. Le bruit de la rivière, de l’eau qui coule à l’instant calmement la berce comme pour la rassurer. Lisa sort du cimetière et grimpe jusqu’à Sarre-le Haut. Elle a soif et se dirige machinalement vers la fontaine, perdue dans ses pensées. La fontaine est bien là, enfin, elle est en train de pourrir, elle est devenue le repère des crapauds il faut croire… Tant pis. Lisa redescend, elle n’a jamais fait que passer par ici, elle vient de Sarre-le-Bas, du Mas le plus Bas. C’est l’été, et elle sait que toute sa famille doit être réunie, car aujourd’hui ils vont commémorer la date où elle a été déclarée morte. Arrivée à Sarre-le-Bas, elle se décide à regarder la maison familiale. Ils ont enfin enlevé le portique ! Elle continue d’explorer des yeux, à l’abri sur la route qui surplombe la maison. Maintenant ils garent les voitures sous les saules pleureurs, maman a dû en avoir assez de les avoir sous le nez au réveil ! Sur la gauche, la maison des voisins, entre les deux en contrebas, la maison de la dame aux chats, une des femmes que Lisa préfère, elle se souvient de la fois où elle et sa cousine avait fait une danse pour son anniversaire, ç’avait été un succès, une très belle fête !

Le poirier, devant la porte de la cuisine n’a pas bougé, il siège, protecteur, ange gardien de la grande maison. Le jardin, ou plutôt l’espèce de champs est toujours aussi grand et parsemé de vieux pommiers, l’herbe est jaune, brûlée par le soleil. Lisa décide de descendre la pente. Aucun chien pour l’accueillir, étrange ! Elle va jusqu’à la terrasse, sous le majestueux tilleul, toujours là, entourant de ses grandes et larges branches touffues les malheureux en quête d’ombre. Elle descend l’escalier. Sur cette partie du terrain, des tentes ont été installées, il doit y avoir du monde ! Lisa se sent tout d’un coup très important et vraiment aimé, même « morte ». Elle continue de descendre, passe devant la porte qui mène aux caves, décidément l’essentiel n’a pas changé, elle emprunte l’escalier en pierre qui mène à la rivière. Ils ont été bien débroussaillés, pas d’ortie pour la piquer, pas de ronces non plus elle se souvient pourtant de toutes les fois où ses horribles ronces lui griffaient les jambes, ça piquait tellement ! Elle saute de pierre en pierre, jusqu’au petit coin qu’on appelle la baleine. Le gros rocher qui a donné ce surnom à cette espèce de grande baignoire naturelle, très prisée l’été, trône, Lisa se sent accueilli, elle grimpe dessus et observe. Apparemment ses cousins on dû abandonner les barrages, la baignoire est presque vide. Ses yeux se ferment doucement, elle s’endort paisiblement, le bruit de la rivière couvrant tous les autres. Quand elle se réveille, il doit bien être midi. Des voix, ils arrivent ! Le bruit de l’eau, le chant des oiseaux, le vent dans les feuilles lui ont donné la force nécessaire, elle est prête. Mais la vraie question est : sont-ils prêts ? Une jeune fille qui doit avoir dix-sept ans, suivit de deux jeunes hommes apparaissent dans le virage. Elle reconnaît sa cousine et ses cousins, elle a si souvent pensé à eux ! En la voyant, ils ralentissent, ils hésitent. Lisa leur dit de venir, elle s’en va, leur laisse la place, alors ils reprennent leur course dans les rochers. Lisa rassemble ses affaires  et se lève pour partir. La jeune fille, Marie, la fixe droit dans les yeux. Puis elle secoue la tête, comme si elle effaçait la pensée qui la traversait. Les garçons quant à eux, sont déjà en train d’installer les lignes. Lisa se souvient que la pêche était leur activité favorite. Elle baisse la tête, émue aux larmes, se décide à remonter dans la ruelle, qui, à gauche mène à la maison, à droite dans des ruines, et se décident pour la droite. Elle remonte, nouveau carrefour, à droite la maison de ses voisins préférés, à gauche un chemin qui la fait sortir de Sarre-le-Bas, elle part à gauche. Elle va s’asseoir sur le banc, sous le panneau des informations municipales. Maintenant, ils doivent tous être réveillé. Comment faut-il qu’elle les aborde ? Doit-elle entrer dans la maison et leur crier : arrêtez tout, je suis vivante ! Ou alors faut-il… Ca y est elle a une idée. Elle sort un papier et un stylo de son sac, gribouille : « Madame Laurant, votre fille est en vie, venez à 15h sur la petite butte où on va regarder les étoiles filantes. » Comme ça c’est sa mère qui va la réintroduire dans sa famille, une sorte de deuxième naissance. Elle va en haut de la pente mettre le papier dans la boîte aux lettres, puis elle court à tout vitesse en direction de la butte. Elle va rester là pendant deux heures. Personne n’est venu ! Elle va prendre des pommes dans le champ de Paul et retourne s’abriter sur la butte. Elle entend les voix monter de la terrasse du Mas le plus Bas, ils doivent être en train de déjeuner. Les larmes coulent le long de ses joues, elle est si heureuse d’être si proche d’eux, tout en étant aussi loin. Elle les écoute rire, crier, ils parlent forts et tous en même temps. Elle entend le bruit des couverts, et tiens ! Qui a cassé son verre ? Mais tout à coup Lisa se souvient ! Le courrier ! Ce n’est pas le bon jour, et il ne passe qu’une fois par semaine par ici ! Lisa réfléchit en descendant de la butte. Elle les entend toujours, ses pieds l’entraînent vers la pente qui la conduira jusqu’à eux. Elle tente de résister, mais c’est plus fort qu’elle. Arrivée au milieu de la pente elle entend : « Tiens voilà quelqu’un ! Vous la connaissez ? » Les jambes de Lisa  se mettent à trembler, elle se sent mal et a peur de s’écrouler, elle reste cependant plus ou moins en équilibre. Elle sent tous les regards qui se sont tournés vers elle, elle sent aussi le soleil qui tape fort sur sa tête. Tout devient de plus en plus flou…

Elle ouvre les yeux, ils l’ont portée à l’intérieur et l’ont allongée sur le canapé. Elle reconnaît le plafond tout en bois avec les grosses poutres sur lesquelles elle rêvait de monter quand elle était petite, mais elles sont bien trop hautes, elle le réalise maintenant. Elle tourne la tête et voit le bord de la cheminée, qui n’est bien évidemment allumée qu’en hiver, un peu plus loin elle aperçoit la porte qui donne sur la terrasse. Elle s’assoit doucement et fait le tour de la pièce de ses yeux. Rien n’a changé, si ce n’est… Toutes ces photos d’elle, ça lui fiche la chair de poule ! Il y a aussi un tableau qu’elle avait peint et qui est d’ailleurs extrêmement moche, toutes les choses qu’elle a pu faire l’entourent : ses traces de mains dans le plâtre, les dessins de fête des mères, ou des pères… Tout, tout, tout ! Elle se lève précautionneusement, et derrière le canapé, dans une chaise longue, une femme. Elles s’observent toutes les deux, puis Lisa s’approche d’elle, et s’agenouille à ses côtés. La femme lui sourit et murmure : « Lisa, c’est bien toi ? » Lisa  la dévisage alors plus attentivement… « Maman ? » Toute les deux se mettent à pleurer. Alors, un homme entre, les regarde, s’étonne, va poser dans la cuisine le plat qu’il porte et revient doucement. La mère lève les yeux vers lui, lui sourit : « Je te l’avais bien dit ! » L’homme regarde Lisa, les larmes lui montent aux yeux si rapidement qu’il les ferme, il court jusqu’à la terrasse, fait de grands gestes, il a le souffle coupé, il ne peut plus parler, sa bouche s’ouvre et se ferme sans qu’aucun son ne s’en échappe. Il prend une grande inspiration, puis, plus fort qu’il ne l’envisager : « Lisa est en vie ! J’ai retrouvé ma fille ! Venez voir, c’est bien elle, venez tous ! Regardez comme elle est belle ! » Ils se lèvent d’un seul mouvement, et tous ensemble se précipitent à l’intérieur, Lisa est envahit par un raz de marée humain. Cette fois c’est sûr, elle est bien rentrée ! elle est bien chez elle !

 

 

Par Marie Serres Le Bréau - Publié dans : Nouvelle
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 21:35

          Ella Futy a accouché de la petite Marie il y a deux mois à peine. Les yeux cernés par le manque de sommeil, elle est pâle et maigre.
Elle observe les tourbillons que génère sa petite cuillère dans le liquide noir de sa tasse posée devant elle. Elle cherche un signe, quelque chose qui lui dirait qu'elle a eu raison, quelque chose de clair, un signe de Dieu... Elle croit en Dieu, mais pas à une religion. Elle s'est créé ses propres dogmes, elle respecte les lois, sa philosophie veut qu'elle soit la plus gentille, la plus généreuse, la plus sage, parfaite, Bouddha, c'est quelqu'un de bien au fond.
Alors que fait-elle à l'intérieur de ce café minable, dans cette salle sombre et lugubre, devant un café noir ?
Elle réfléchit. Elle se dit qu'elle ne sera jamais une bonne mère, elle se dit que sa fille se débrouillera mieux sans elle...
Elle n'est ni grande, ni petite ; ni grosse, ni maigre (enfin d'habitude) ; ni belle, ni moche ; ni géniale, ni bête, elle est moyenne, et elle ne souhaite pas que sa fille ait une mère médiocre, une mère qui ne prendrait pas aussi bien d'elle qu'une autre le ferait... Elle réfléchit...
Que dira son mari ? Rien, de toute façon ce n'est pas son problème, il ne la comprendrait pas. Et puis, il a certainement autre chose à faire que de se préoccuper d'elle, il doit s'occuper de Marie.
Une vieille dame, à deux tables de là, l'observe, et en la regardant, elle a l'air ému. Il ne manquait plus que ça ! Voilà qu'on s'apitoie sur son sort maintenant ! La vieille dame marmonne quelque chose et continue à la fixer. Elle préfère regarder ailleurs.
Elle imagine ce que va faire Tom avec Marie. Comment va-t-il l'habiller aujourd'hui ? Va-t-il lui faire porter l'affreux pull que sa mère a tricoté ? Et plus tard, trouvera-t-il une femme digne de lui qui saura prendre soin de sa Marie ? Elle l'imagine elle aussi... Grande, blonde, aux yeux clairs, une femme superbe ! Elle serait médecin ou vétérinaire, elle serait forte, elle n'aurait pas peur et elle réussirait !
Elle fait le bilan de ce qu'elle était et de ce qu'elle est, là, à cet instant. Elle était femme, mère... _ Et bien, c'est tout ?_ Elle avait des amis, de bons amis. Elle ne travaillait pas, pour s'occuper de Marie, et avec les horaires de sa belle, elle ne faisait que croiser son mari. Elle ne voyait plus personne, à part sa Marie. Dieu l'avait-il abandonné ? Elle n'a pas pu surmonter cette épreuve !
Mais avant Marie ? Ella culpabilise ne serait-ce que de penser qu'il y a eu un avant Marie... Mais avant Marie, elle et Tom, fou amoureux, s'étaient mariés, ils avaient trouvé un petit nid douillet, dans lequel leur amour grandissait, grandissait, grandit jusqu'à devenir Marie.
Elle avait un métier, un métier passionnant, qu'elle adore, mais qu'elle a dû abandonner (pour trois mois, soit) pour Marie. Et si elle était remplacée ? Elle a toujours bien travaillé, pleine d'énergie et de créativité, mais elle n'est pas essentielle, indispensable. Et si celui ou celle qui la remplaçait était mieux qu'elle ? Ou plus drôle ? Ou plus sympa ? De toute façon, qu'importe, elle est partie...

« _ Bonjour, je vous observais... » Ah ! Ah, c'est la petite vieille, quelle peur ! « ... et je me demandais si vous souhaiteriez que nous discutions.
_ Pourquoi pensez-vous que j'ai besoin de parler ?
_ Vous avez l'air tellement effrayé ; la vieille lui sourit ; on dirait une biche au milieu d'une autoroute, un petit animal sauvage en train de se noyer... »
Effectivement, Ella, les cheveux hirsutes, le regard qui jamais ne se fixe, si pâle, si maigre, elle est bien loin du top modèle !
« _ Je m'appelle Sophie, et si je peux vous aider, et bien je suis à votre disposition. »
Ella la regarde, réfléchit... Sophie ? Ça veut dire sagesse... Il est vrai que la vieille femme a l'air solide, loin du cliché de la mamie gâteau, une vraie femme ! Elle devait être de celles qui ont lutté pour nous donner des droits... Plus Ella réfléchit, plus elle se pose de questions sur cette vieille femme, plus elle se dit qu'il faut qu'elle lui dise. Oui, il le faut, Sophie doit savoir, elle doit savoir qu'Ella est une ratée, toute la vérité... les mots ne sortent pas... Sophie commence à s'éloigner... Un râle ! Enfin, un bruit bizarre provenant du fond de la gorge nouée d'Ella. Un regard implorant, des larmes qui coulent... Sophie revient sur ses pas et la prend dans ses bras, elle la berce doucement, comme une enfant, comme ... une maman. Tout d'un coup, elle songe à Marie et voudrait la prendre dans ses bras, où est-elle ? Que fait-elle ? Comment va-t-elle ? Elle voudrait la consoler, comme elle-même est en train d'être consolée.
Alors, elle raconte. Elle raconte sa déplorable histoire à Sophie, qui, toujours compatit, toujours l'écoute, toujours la berce ; et les larmes coulent, glissent, tombent, éclaboussent, mouillent et... Et le nez coule aussi et ça c'est vraiment désagréable. Alors, Sophie relâche son étreinte, lui tend un mouchoir et se met, à son tour, à raconter. Elle parle d'une jeune femme qui aurait fuit, elle parle d'une femme qui avait abandonné son enfant et son mari. Elle parle d'une femme qui se sentait plus bas que terre, d'une femme qui n'arrivait pas à trouver sa place, d'une femme qui, quand elle avait réussi socialement, donnait l'impression, ou plutôt se disait qu'elle ne faisait rien de bon ; d'une femme maigre...
Ella a compris...
« _ Sophie, chuchote-t-elle, je crois que j'ai compris, tu me racontes ma vie ? »
Mais Sophie la regarde en souriant telle la Joconde :
« _ Non, il s'agissait de ma vie... »                  

Par Marie Serres Le Bréau - Publié dans : Nouvelle
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